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Le paysage est une partie de moi et comme moi, il peut changer

• Courrier des lecteurs • Jeudi 22/10/2009 • 0 commentaires • Version imprimable

Mots-clés :


Chaque Partie s'engage :
à reconnaître juridiquement le paysage en tant que composante essentielle du cadre de vie des populations, expression de la diversité de leur patrimoine commun culturel et naturel, et fondement de leur identité ; à définir et à mettre en œuvre des politiques du paysage visant la protection, la gestion et l'aménagement des paysages par l'adoption des mesures particulières visées à l'article 6 ; à mettre en place des procédures de participation du public, des autorités locales et régionales, et des autres acteurs concernés par la conception et la réalisation des politiques du paysage mentionnées à l'alinéa b ci-dessus ; à intégrer le paysage dans les politiques d', d' et dans les politiques culturelle, environnementale, agricole, sociale et économique, ainsi que dans les autres politiques pouvant avoir un effet direct ou indirect sur le paysage.
Extrait de la Convention de Florence

Il existe comme cela, des conventions, des traités, des directives qui défendent des éléments de l’environnement ou à tout le moins veulent leur épargner trop d’outrages. Certains finissent par se perdre sous les assauts des lobbies, comme Reach. D’autres sont bâillonnées par les états comme la directive sur le bruit. D’autres semblent si futiles, comme la Convention sur les paysages qui m’a fait penser, je ne sais pourquoi, aux œufs à la florentine. (Je préfère la gastronomie à la peinture). Peut-être parce que ce sont des choses qui font partie de nos vies, mais dont on oublie le plaisir qu’elles donnent, préoccupés par des choses plus raffinées, plus importantes ou plus exotiques.

Pourtant, quand du jour au lendemain (façon de parler), un paysage se transforme, ce n’est pas toujours sans tristesse qu’on le voit rejoindre le rayon des souvenirs. Le paysage fait partie de notre ossature, il nous forme et déforme et ce n’est pas impunément que l’on vit à l’ombre d’une cathédrale, d’une usine ou d’une montagne.

Ce sont parfois des petites choses, comme une haie de prunelliers qu’une machine quelconque a arrachée, repoussée au-delà de je ne sais quelle limite, pour je ne sais quelle raison. Adieu donc les prunelles à l’alcool. Ce sont aussi des choses plus violentes, comme le massacre d’un paysage qui n’a plus bougé depuis 1937. Ce pourrait être le cas à Grez-Doiceau, avec la Butte de Biez qu’un projet immobilier veut défigurer.

Certes, je méfie souvent de ces contemplateurs de paysages, mais contempteurs de la vie rurale, qui se réveillent pour défendre « leur environnement ». Dans fantasia chez les ploucs, j’en parlais sans aménité en soulignant que « Pestant bien souvent contre les embouteillages qui les retardent, mais qu’ils grossissent, contre la « mentalité villageoise » qu’ils jugent rétrograde, inquisitrice, culturellement déficiente, il faut à ces rurbains, souvent rupins, une campagne aseptisée, propre, nette, une campagne à la Agatha Christie plutôt qu’à la Pierre Magnan, sans les odeurs, sans la vie, sans le travail, sans l’effort si ce n’est celui de faire un dix-huit trous. Ils préfèrent un gazon engraissé et « pesticidé » à un honnête potager naturel. A la place d’arbres fruitiers, ils mettent des haies morbides de conifères. Pas de crotte d’oiseaux, pas de pâquerettes. Il leur faut des voisins urbains, à tout point de vue, idéalement du même monde, qu’ils inviteront pour un « barbec », mais à qui ils n’ouvriront pas la porte s’ils sentent que ces voisins ont besoin d’un service. » Pourtant, leur combat est souvent aussi le mien, comme celui de beaucoup d’autres, qui ont intégré le paysage dans une compréhension plus large des choses.

Est-il possible d’exiger que rien ne peut changer sous prétexte que rien n’a bougé depuis une éternité ? Est-il moral de refuser à quelqu’un une construction sous prétexte que nous étions là avant ? Mais est-il indécent de lui demander un minimum d’effort pour intégrer l’existant ? L’habitat est un des axes des relations humaines. Il conditionne la vie sociale, la convivialité ou son absence, le contrôle ou son contraire, la peur ou la joie. Pour beaucoup d’ailleurs, ce n’est pas tant la transformation physique, objective de leur environnement que les conséquences sociales de ce changement, moins esthétiques que psychologiques.

Mais il est loin le temps où tout était permis en matière d’. Il existe des règles. Certains essayent de les contourner pour leur profit unique. D’autres s’y accrochent comme bouée ultime ou les abhorrent, les considérant comme au service des possédants. Cependant, les règles sont là pour être respectées, mais leur interprétation est si large qu’il y a un espace pour la négociation. Et c’est heureux, parce que cela est nécessaire.

Je voudrais illustrer mon propos par quatre exemples :

  • Un lotissement dont le projet réserve au propriétaire un îlot de quiétude, pendant que la charge du développement est portée par les autres riverains ne me semblerait pas acceptable.
  • La construction de dix logements sur un terrain communal de soixante ares, avec une implantation bien pensée, ne saurait être refusée aux prétextes que les logements seraient sociaux ou que des arbres seraient abattus.
  • Des terrains en zone constructible sont toujours susceptibles d’être construits. Les propriétaires riverains se doivent de l’accepter. Ce n’est pas pour autant que tout doit être permis et c’est pourquoi les autorités ont des outils comme les plans communaux d’aménagement pour canaliser l’urbanisation et l’impact sur l’environnement
  • D’autres terrains tout aussi constructibles font l’objet d’un projet de promotion immobilière, englobant par ailleurs des dérogations au plan de secteur. Les terrains se situent dans une zone de grande qualité paysagère et méritent à ce titre une protection. L’appétit du promoteur devrait être contenu et la négociation devrait l’amener à des aménagements profitables au bien commun.

Ce sont chaque fois des réponses différentes pour permettre de se faire rencontrer les droits individuels et les droits collectifs.

Parce que les conséquences de l’urbanisation ne sont pas seulement supportées par le propriétaire ou ses voisins, mais tous ceux qui fréquentent les lieux, ou qui en ont vue. Elles ne sont pas seulement esthétiques, mais aussi physiques et sociales : trafic accru, biodiversité modifiée, relations modifiées.

La modification d’un paysage est une chose importante, la modification des équilibres est réelle. Il ne saurait être question d’être uniquement passéiste, tant en matière d’aménagement que d’architecture d’ailleurs, mais faire droit uniquement à la propriété serait respecté uniquement la liberté individuelle au détriment du bien collectif. C’est pourquoi les mobilisations citoyennes sont peut-être insuffisantes mais nécessaires. Le tout est qu’elles ne s’arrêtent pas à défendre uniquement une esthétique égoïste.

Denis MARION

J’aime bien que le prix Nobel d’économie ait été attribué à Elinor Ostrom. Cela remet en évidence la tragédie des biens communs.

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